From sheep to fleece : A Shortcut Through the Supply Chain of Canadian Wool

Du mouton au molleton : Raccourci à travers la Supply Chain de la laine canadienne

Écrit par Fanny Pascual

Le chemin parcouru par nos vêtements chéris avant d'atteindre notre penderie est souvent méconnu et relégué au second plan par l'expérience intime que procure un vêtement sur le corps. Cette vie préalable du vêtement tombe habituellement rapidement dans l'oubli.

Lorsqu'il s'agit de vêtements fabriqués à partir de laine de mouton, une étiquette fait au Canada révèle en réalité très peu sur le parcours que la matière première, la laine, a traversé avant de se retrouver entre nos mains, sur nos têtes ou autour de notre cou.

Comment cette fibre laineuse, provenant des moutons, a-t-elle fait le trajet du dos d'un ovin broutant l'herbe jusqu'au pull finement confectionné que vous portez ? La chaîne de transformation de la laine est bien plus longue et complexe qu'on ne l'imagine  et elle mérite d'être découverte afin de mieux comprendre les termes des termes comme local, économie circulaire, fait ici, made in Canada ou traçabilité qui résonnent de plus en plus lorsque nous effectuons nos achats.

En réalité, porter un vêtement en laine fait au Canada à 100 % représente un exploit, fruit du travail d'une multitude d'experts et de passionnés. Cela n'est pas chose facile, surtout dans une industrie où la production industrielle de fibres synthétiques domine largement.

Commençons par le commencement, dans les champs.

Le premier à s'occuper de la fibre laineuse en devenir est l'agriculteur, l'éleveur de moutons. Au Canada, l'élevage de moutons est principalement destiné à la production de viande d'agneau, qui demeure aujourd'hui plus rentable que la laine. Toutefois, qu'un troupeau soit élevé pour sa laine ou pour sa viande, tous les animaux doivent être tondus, et ce, pour leur bien-être avant tout. Ne pas tondre un mouton périodiquement serait en effet considéré comme de la maltraitance, car l'animal serait encombré d'une toison lourde limitant ses mouvements.

La tonte annuelle, qui se déroule généralement au printemps, est une période très occupée dans les fermes ovines. Chaque mouton doit passer entre les mains d'experts dont le savoir-faire spécifique permet de tondre rapidement l'animal sans le blesser, tout en préservant l'intégrité des toisons. La valeur de la laine ayant beaucoup diminué au Canada au cours des dernières décennies, de nombreux éleveurs choisissent parfois de se débarrasser de la laine, en la brûlant. En revanche, au Canada de nos jours, opter pour sa transformation s’avère un choix risqué et encore peu rentable.

Les toisons des moutons canadiens ont une particularité : les troupeaux traversent un long hiver où la pâture est impossible, ce qui est  particularité à l’élevage en territoire nordique .  Pendant cette période, les moutons sont nourris avec du foin, stocké durant l'été, qu'on leur sert dans des mangeoires ou dans leur grange. Cependant, le foin librement distribué crée un défi supplémentaire dans la transformation de la laine, car les brins de foin se collent et s'infiltrent dans les toisons, rendant la laine beaucoup plus difficile à nettoyer.

Une fois la brebis libérée de sa laine, qui pèse généralement entre 3 et 6 kg, annuellement, une équipe se charge du premier tri pour éliminer les sections souillées, trop contaminées par des végétaux ou trop courtes. La laine brute est ensuite stockée dans de grands sacs, prêts à être envoyés à l’étape du nettoyage.

Les centres de lavage s'occupent du débouillissage des toisons. Cette opération consiste à nettoyer la laine dans de grandes cuves d'eau chaude alcaline, afin d'éliminer les impuretés et la cire naturelle des moutons, la lanoline. Ce dérivé du suint de la laine est parfois conservé pour être utilisé dans diverses industries, notamment comme hydratant ou lubrifiant. À cette étape, une toison perd environ 50 % de son poids d'origine.

Une fois lavée et purifiée, la laine est envoyée vers la filature, où la  transformation se fera grâce à un enchaînement de machines sophistiquées , chaque pièce de l'engrenage étant finement calibrée pour le type de laine, la longueur des fibres et le produit final désiré. Le cardage est la première opération, visant  à démêler, brosser et aérer les fibres. La laine lavée est passée entre plusieurs grands rouleaux munis d’aiguilles, afin d'aligner toutes les fibres dans le même sens. À la sortie des cardeuses, la laine dite cardée est désormais sous forme de nappe de ouate ou de ruban molletonné, parfois utilisé comme isolant ou rembourrage.

C'est sous cette forme que la fibre est prête à être filée, c'est-à-dire transformée en un fil homogène et continu. En étirant et en tordant les filaments de laine cardée, la machine de filage produit un brin régulier et résistant, qui pourra être tordu à nouveau avec un ou deux autres brins pour en augmenter la solidité et créer le fil final. À ce stade-ci, de nombreuses variables techniques et créatives entrent en jeu pour déterminer  les caractéristiques du fil produit : épaisseur, composition, apprêt, densité, texture, intensité de la torsion, entre autres.

Le fil de laine ainsi produit sera ensuite enroulé sur des cônes, en écheveaux ou en pelotes, puis à nouveau lavé avant d’être acheminé vers un prochain maillon de la chaîne : la confection de tissu. C’est aussi à cette étape que les fils pourraient être teints, si l’on ne souhaite pas conserver leur couleur naturelle.

L'industrie textile est vaste et en constante évolution, mais on peut distinguer trois grandes catégories d'utilisation des fils de laine : le tissage, le tricot et le feutrage. Si vous regardez autour de vous en ce moment, la plupart des objets textiles de votre environnement  appartiennent à l'une de ces trois catégories. Parfois, il faut regarder de près pour bien les identifier ! Le tapis de votre salon est tissé de fils de laine, votre t-shirt est une maille de tricot en coton, et vos pantoufles sont en feutre de laine, pour ne citer que quelques exemples.

Bien entendu, j'ai omis de nombreux acteurs de la chaîne de production des objets textiles avant qu'ils n'atteignent votre quotidien, tels que l'équipe de design, de confection, de finition et de commercialisation.

Toutes ces étapes de la transformation de la laine se déroulent à différents endroits, ce qui implique une chaîne de transports et donc une empreinte carbone non négligeable dans une industrie mondiale. L'abondance des vêtements disponibles aux consommateurs nous rend totalement déconnectés de l'origine des textiles qui touchent notre peau et du travail de transformation de la matière première. Ce qui est encore plus surprenant, c'est que malgré toutes les innovations technologiques, certaines de ces étapes remontent à plus de 10 000 ans et n'ont que peu changé.

Fabriquer un vêtement en laine produit, transformé et conçu au Canada est un véritable accomplissement de nos jours, particulièrement dans le contexte économique et environnemental actuel. Porter un vêtement en laine 100 % canadien, ce n'est pas seulement porter un vêtement de fibres naturelles durables et  pérennes, c’est aussi participer  à la préservation  d’un patrimoine agricole, manufacturier, esthétique et identitaire. 

Longue vie aux toisons !

Retour au blog